Il était SDF & il a frappé à ma porte

Cadeau du jour… Les larmes aux yeux me sont venues.

L’histoire avait commencé cet hiver. Un soir, en pleine dégustation d’une soupe de légumes maison, vers 21h00, quelqu’un sonna à ma porte. Un inconnu se disait SDF et avait besoin d’argents. Il avait aussi et surtout besoin de discuter, de beaucoup discuter et de tout me raconter. Il était malade et avait une bronchite. Il pleuvait beaucoup et il faisait froid. Il n’avait pas mangé, ni vu de médecin.

 

XVM479a7084-7974-11e9-994a-5eb56c4301e9Il me raconta sa descente aux enfers. Il était en couple depuis des années. Il est père de 2 enfants. Il était à son compte. Au moment des gilets jaunes, il était descendu dans la rue et s’était investi, surement corps & âme.

Apparemment, sa femme aurait fait pareil, mais différemment. Elle était partie avec un autre gilet jaune. Son entreprise avait coulé, tellement il avait du cœur dans un idéal. Il avait connu le tribunal pour le faire fermer boutique.

 

Homme investi dans d’autres associations, il connait bien les rouages des aides. Il a été frappé à plein de portes pour qu’il soit hébergé dans les associations destinées à l’accueil. Tout est complet. Personne ne peut l’accueillir à dormir.

 

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Ayant été à son compte, il ne pouvait pas compter sur les aides financière de Pole Emploi/Assedic. Il y en avait d’autres, ne serait-ce que la cmu, mais le temps que le système se mette en place, les semaines passaient et il n’avait toujours rien. Et il avait le temps que la maladie s’aggrave.

 

 

 

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Il rencontra une femme qui habite un quartier voisin. Elle a une chambre disponible chez elle. Elle est retraitée et âgée. Elle a les moyens de l’accueillir sans rien lui demander en échange mais elle lui demanda qu’il se débrouille à trouver 80 euros pour l’amener à ne pas se laisser aider sans rien faire et qu’il puisse se prendre en main.

 

 

 

Il sonna à plein de portes et ne récolta presque rien. Quand il était venu, je l’avais su sincère et je lui avais donné une partie du montant nécessaire. Je lui avais chuchoté où se trouvait un médecin au cas où il pouvait lui proposer une aide quelconque.

 

Quand il est parti, avec le recul, même si je lui avais déjà donné un billet, j’avais regretté de ne pas lui avoir donné le montant total aussitôt. Après tout, ce n’est pas ce montant qui va changé ma vie alors qu’il pouvait changer la sienne.

 

Un copain à qui je confiais cette aventure, ne comprenait pas pourquoi cela tombait chez moi, pourquoi je lui ouvris et pourquoi je lui donnais de l’argent. Il était dubitatif et surement persuadé de ma naïveté.

 

L’homme était repassé début mars. Il me raconta la suite de son histoire et surtout qu’il n’avait toujours pas d’endroit où dormir. Il était au moins guéri de sa bronchite carabinée. La vieille dame avait fini par avoir un doute le concernant. Elle se demandait si son histoire était vraiment vraie. C’est difficile aujourd’hui de croire quelqu’un sur parole, surtout quand nous sommes une vieille femme seule et que notre grand cœur nous a donné envie d’aider et d’abriter un inconnu chez nous. Comme il n’avait toujours pas récolté les 80 euros au bout de plusieurs semaines, elle ne comprenait pas qu’il n’y soit pas arrivé. Alors elle remettait en doute la véracité de son histoire. Elle pensait retirer sa proposition et oublier cet homme, ancien chef d’entreprise, père de 2 enfants, à la rue.

 

 

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Il me confia qu’il avait craqué à plusieurs reprises. Avec cet hiver pluvieux, quelques fois, il s’était payé une nuit dans une chambre d’hôtel. Il lui était difficile de tenir et de toujours dormir sous les ponts. A ce moment-là, je n’ai aucune idée si ce qu’il me raconte est vérité ou pas. En tous les cas, il a toujours et encore envie de parler.

 

 

 

window-sill-4534189_1920Je lui avais suggéré que peut-être s’il récoltait 50 euros, cela suffirait à la dame pour le croire de bonne foi et qu’il n’avait pas à attendre d’avoir les 80 euros pour lui donner un peu du loyer. Comme il avait déjà 20 euros en poche, il se disait qu’il allait peut-être y arriver.

Quelques minutes plus tard, je me suis qu’il avait suffisamment galéré et que le montant du loyer était relativement. Je lui proposais d’arrêter sa course et lui donnais le complément nécessaire pour combler la totalité de ce que la dame demandait pour qu’il arrête de courir sonner partout et qu’il intègre la chambre que la dame avait réservé pour lui.

Il avait enfin le loyer complet. Sans savoir s’il me disait la vérité ou pas, je lui ai dit d’aller maintenant malgré l’heure tardive, vers 21h30, s’installer dans sa chambre tant que la dame était toujours d’accord et de lever les doutes qu’elle avait commencé à nourrir à son égard. Il était en joie et me promit qu’il y partait de ce pas.

 

La vérité m’importait peu. S’il m’avait raconté n’importe quoi, cela se passait entre sa conscience et lui.

 

Il me promit de revenir me donner de nouvelles. Je n’avais pas d’attente particulier. Un cadeau est un cadeau. Il m’avait remercié et j’étais persuadée de ne plus le revoir.

 

Balcon de Juliette à VéroneEn entendant sonner dans l’après-midi, étonnée de ce bruit strident, dans le silence de plusieurs jours durant, j’ouvris ma fenêtre et je me mis au balcon. Promis, je n’ai pas voulu jouer à Juliette, surtout au vue de la fin de son histoire, mais je n’ouvre jamais pas la porte, même en temps normal. C’était simplement lui. Il ne venait rien me demander. Il voulait juste me remercier. Il n’était plus SDF et il était enfin au chaud malgré le confinement.

 

feathers-2230062_1920Il aura tenu la promesse qu’il s’était faite avant de me quitter la dernière fois, alors qu’il était sur le chemin pour aller faire ses courses aujourd’hui. Au vu de la situation de confinement et de la réelle dangerosité de cette bactérie contagieuse et invisible, je lui ai dit qu’il avait eu une chance inouïe. Je crois en une protection invisible et je suis sure que son ange a fait le nécessaire pour le mettre à l’abri.

Ou une bonne étoile.

 

La dame lui a fait confiance et ce n’est pas évident pour quiconque d’accueillir un étranger, un inconnu. Quel soulagement !

 

 

Je suis sure que nous aurons chacun des merveilleuses histoires à raconter.

Prière pour les personnes malades et endeuillées et pour ceux qui sont décédés.

J’ai fait le choix de rester chez moi depuis ce weekend, d’annuler mes réunions, ma présence à la chorale pour les répétitions et déplacement et ce depuis + de 15 jours. Un mauvais pressentiment me tenaillait. Même si plusieurs personnes se sont moquées de moi lors de mes annulations, me pensant dans mes peurs, l’essentiel est de m’écouter, de me respecter et d’aller jusqu’au bout de mes intuitions. L’été dernier, je n’avais pas écouté mon intuition et j’ai failli y passer. Je suis en vie aujourd’hui, alors peu importe, je dis, même quand cela dérange. La vie n’offre pas toujours, ni tout le temps de nouvelles chances comme cela. Un avertissement m’a suffit.

 

Comme le disait Yvan Amar, aujourd’hui comme à chaque moment, la responsabilité de conscience est primordiale. Et je rajouterais que l’éveil des consciences, une question de santé publique. Nous voyons tous le danger d’être dans le déni, le refus de voir ce qui fait, la mise en danger d’autrui par notre inconscience ou manque de conscience…

 

Cette période va nous demander beaucoup d’humilité et beaucoup d’humanité, et surtout des tonnes de patience. Aussi surement beaucoup de créativité avec les enfants lors de ce confinement indéterminé.

Restons chez soi, lavons nos mains,

Oublions nos révoltes intérieures, pour respecter ce qui nous est demandé. C’est une autoprotection.

Tout le monde a bien entendu envie d’aller se promener. Mais ne serait-ce pas indécent ? Dans ce cas, la protestation est assez destructrice. Mais n’est-ce pas ce que provoque une révolte intérieure finalement ? Peut-être que nous croyons que c’est se mettre en soumission et cela nous semble inacceptable. Pourtant, ce n’est pas ce qui nous est demandé. La révolte est liée à nos colères indomptées et non apaisées. Ici, c’est un chemin de paix, de pardon, de conscience qui est en train de s’annoncer et de se vivre si nous l’acceptons.

Soyons en communion. Soyons en respect.

A bientôt,

Tendresse,

Carole

Fondatrice de l’Espace Chrysalide, rêveuse, conteuse, poète, écoute  & co…  

Publié par

Expression Corporelle & Artistique Espace Chrysalide

Ecrits par © Carole, rêveuse, conteuse, poète, conférencière, accompagnement & Fondatrice de l'Espace Chrysalide Bordeaux Chartrons Bacalan Saint Louis - Contact : espacechrysalide@outlook.com

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